15 juillet 2020

2021 marquera-t’elle (enfin) le lancement du DAB+, la radio numérique par voies hertziennes ? 15 ans après le lancement de la TNT, la radio pourrait bien à son tour faire sa révolution numérique. A l’ère du tout smartphone, de l’explosion des podcasts et à la veille du déploiement de la 5G, le DAB+ a-t-il vraiment un avenir ? Il y a de nombreuses raisons d’y croire… Et notamment grâce à la réglementation. La loi de modernisation de la diffusion audiovisuelle, votée en 2007 stipule qu’à partir de 20% de couverture de la population en DAB+, les fabricants sont dans l’obligation d’intégrer ce mode de réception dans tous les appareils, y compris les autoradios. Et ce seuil de 20% a été franchi en 2019…

 

Chez Ketil Media, nous avons reçu Philippe Espinet pour nous parler de DAB+. Ancien directeur technique et des équipes de production de NextradioTV, de l’Equipe 21 et du groupe TF1, il est l’un des meilleurs spécialistes de la diffusion radio et TV en France. Expert et passionné, Philippe a accepté de se soumettre aux nombreuses questions des collaborateurs de Ketil Media…

 

KM : Philippe, merci d’avoir accepté notre invitation. Pour les néophytes que nous sommes, peux-tu simplement définir ce qu’est le DAB+ ?

P.E. : Le DAB+ est le successeur numérique de la FM. Contrairement à la FM que nous connaissons tous depuis des années, la diffusion des programmes n’est plus analogique, mais numérique. Comme la TNT pour la télévision. Le DAB+ fonctionne sur le même principe, avec une logique de multiplexes. Quand avec l’analogique il n’était possible de ne diffuser qu’une seule station sur une fréquence, il sera désormais possible, grâce à la compression et à l’encodage numérique, d’en diffuser plusieurs. Ce qui libère une place folle pour la diffusion de nombreux programmes radios…

 

Et l’arrivée de nouveaux entrants…

Bien sûr. Cela ouvre des perspectives incroyables pour de nombreux acteurs de la radio. Il existe d’ailleurs, en plus des acteurs « historiques », beaucoup de radios locales ou digitales qui se sont positionnées pour l’obtention de fréquences en DAB+. Même si pour l’instant, la diffusion reste chère pour les nouveaux entrants. Avec le temps, il est probable que ces coûts soient revus à la baisse.

 

« Le DAB+ ouvre des perspectives

pour de nouveaux entrants »

 

Revenons à la réception ; il va falloir changer de matériel ?…

Les récepteurs FM « historiques » ne sont pas équipés de puce DAB+. Mais les matériels de dernière génération en sont pourvus. C’est aussi le cas des autoradios qui équipent les voitures d’aujourd’hui.

 

Il ne sera donc plus possible de recevoir les programmes en FM « classique » ?

Bien sûr que si ! On ne parle pas d’extinction du signal FM, loin de là ! Les récepteurs sont en mesure de recevoir les programmes selon les deux modes : analogique et numérique. D’ailleurs, c’est assez bluffant puisque pour l’auditeur, le switch entre les deux modes est absolument inaudible et passe totalement inaperçu ! C’est le principe du seamless blending bien connu des DJ’s capables d’enchainer deux titres. La bascule entre la FM et le DAB, malgré le buffering inhérent à la diffusion numérique (mise en mémoire tampon d’un certain lap de temps) ne s’entend absolument pas !

 

« C’est assez bluffant pour l’auditeur »

 

Peux-tu nous en dire plus sur les avantages du DAB+ ? A commencer par la qualité sonore…

Les avantages sont nombreux et c’est vrai, il y a un effet indéniable sur le confort d’écoute. La FM, dans de bonnes conditions de réception (un bon maillage d’émetteurs, l’absence de perturbations électromagnétiques, etc…) apportait déjà une très bonne qualité d’écoute. Ça a été par exemple une très forte préoccupation du Groupe NRJ lors de son déploiement dans les années 80 et 90 : développer une diffusion urbaine très efficace et effectuer de nombreuses recherches sur le son… Au final, la qualité d’écoute d’NRJ a toujours été particulièrement élevée. Il n’en demeure pas moins que la qualité de réception n’est pas toujours optimale et que des grésillements désagréables peuvent se faire entendre. Ce ne sera plus le cas avec le DAB+. C’est tout ou rien. Et compte tenu du faible besoin en bande passante, une très faible diffusion des informations des « 1 et des 0 » suffit pour recevoir le programme de manière optimale.

 

Donc de bonnes conditions d’écoute mais ce n’est pas tout…

C’est vrai. Un élément et pas des moindres, la logique de fréquence disparait pour l’auditeur. Plus besoin de scrawler la bande FM pour retrouver sa fréquence. La recherche s’effectue désormais par le nom de la station et l’appareil va trouver lui-même la bonne fréquence. Avec un bon réseau d’émetteurs il sera donc possible d’écouter votre radio préférée sur tout votre parcours sans toucher à votre poste. Le DAB+ permet aussi la diffusion de données associées. Très utiles pour développer des services comme la météo, le trafic, des renseignements complémentaires sur les programmes, les jaquettes des albums, etc.

« il sera donc possible d’écouter votre radio préférée

sur tout votre parcours sans toucher à votre poste »

 

Sur la publicité par exemple ?

Pour quoi pas. Les marques pourront donner des compléments d’information, des adresses, etc… Il sera même possible d’insérer un lien hypertexte et de basculer sur le web si l’appareil est relié à internet.

 

Et les décrochages locaux ?

Ils resteront possibles. Il suffira de « dé-multiplexer » puis de « re-multiplexer » localement un flux pour y diffuser un programme particulier. II n’y a techniquement aucune difficulté à cela.

 

Y’a-t’il des freins au déploiement du DAB+ ?

C’est avant tout une question de volonté des éditeurs. La technologie existe, elle fonctionne depuis des années et elle est fiable. Certes le coût de diffusion demeure un peu cher, notamment pour les nouveaux entrants. Mais le DAB+ représente une formidable innovation pour la radio qui reste l’un des médias préférés des Français ! Ne pas y aller serait passer à côté d’une belle opportunité de lui donner un bon coup de jeune !

 

D’accord, mais il y a le digital, les podcasts, le streaming…

C’est vrai et cela prend en effet de plus en plus d’ampleur. Je suis moi-même un gros consommateur de musique sur ces plateformes de streaming qui proposent des playlists « intelligentes » et de la musique adaptée à mes goûts personnels. Il n’en demeure pas moins que la radio possède un avantage très fort : on l’allume et on l’oublie ! Et elle continue à surprendre. Notamment d’un point de vue éditorial. Cela oblige aussi les éditeurs de programmes à rester créatifs et à toujours se démarquer pour répondre à la confiance que les auditeurs méritent… Il faut continuer à investir et à produire des programmes intelligents et divertissants, comme les éditeurs le font depuis des décennies…

« La radio possède un avantage :

on l’allume et on l’oublie ! »

 

OK pour les programmes. Mais côté diffusion. La 5G ne va-t-elle pas tout remettre en question ?

La 5G pourrait en effet représenter une alternative et un élément perturbateur. Mais quand ? Pour l’instant, le déploiement de la 5G connaît du retard. En France, les choses sont longues à mettre en place. Sauf une décision rapide du gouvernement pour vendre les fréquences 5G, cela risque d’être long ! Sans oublier la capacité des opérateurs à les acheter. Compte tenu des coûts impressionnants, la crise que nous connaissons pourrait elle aussi avoir un effet sur les délais… Et puis la 5G pose aussi des problèmes éthiques…

 

De quel ordre ?

La diffusion radio, qu’elle soit analogique ou numérique n’est que descendante donc anonyme… Ce qui n’est pas le cas de la 5G qui implique une voie montante donc un sujet de protection des libertés individuelles…

 

Allez maintenant il faut que tu t’engages un peu… le DAB+, il faut y aller ou pas ?

Mais bien sûr il faut y aller ! Y compris pour de nouveaux entrants. C’est le moment d’investir dans le DAB, ne serait-ce que pour se faire une place et se préparer aux technos de demain. Rien n’empêchera de basculer lorsqu’elles seront prêtes. Et puis une fois équipé, les auditeurs vont devenir plus exigeants et ne comprendraient pas que leurs programmes préférés ne soient pas accessibles en numérique. Vous les publicitaires, aurez aussi votre rôle à jouer pour accompagner les éditeurs et stimuler le marché et ses acteurs…

Le déploiement d’une nouvelle techno est passionnante et même si la radio est plus que centenaire, elle n’a jamais été aussi moderne !

 

Nous remercions chaleureusement Philippe Espinet de nous avoir accordé ce moment éclairant… Philipe est CEO de ONAIR.VISION, un cabinet d’ingénierie et de conseils en infrastructure techniques radio et télévision. Il est aussi passionné d’aviation et lui-même pilote… Nous lui souhaitons bon vol !


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